Décryptage : Les Gilets jaunes, un mouvement apolitique… qui penche à gauche ?

Depuis le début des Gilets jaunes, une partie de la gauche s’est auto-persuadée que ce mouvement, parce que d’impulsion populaire, croisait ses propres revendications. La dénonciation des taxes n’était au fond, que celle de la demande d’un revenu décent. Or la géographie des Gilets jaunes des ronds-points se colorie de nuances de rouge, de noir, de vert ou mélange plus ou moins facilement leurs teintes selon les créativités locales. Tradition bien française, on produit durant cette période ébulitionnaire, des manifestes, des doléances et des appels. La littérature GJ en abonde. Dans cet exercice d’interpellation, les « ronds-points de gauche » ont tendance à s’adresser à tout le monde. Une autre caractéristique de la gauche est d’espérer le dire vrai par le seul usage de la parole.

Mais en coulisses, la gauche, elle-même, a été traversée par des oppositions extrêmement fortes entre les pro et anti Gilets jaunes. Des proches de Mélenchon mais pas tous, des anarchistes mais pas tous non plus, des trotskystes, mais pas vraiment tous, ont certes participé au mouvement. Mais une partie non négligeable de la gauche radicale ou des anarchistes a appuyé sur le frein, considérant qu’elle n’avait rien à gagner dans cette galère (Par exemple le groupe rennais proche de la mouvance libertaire, Défense collective, publie le 14 novembre « c’est jaune, c’est moche et ça peut vous pourrir la vie ». De même le Monde libertaire dans son édition de novembre explique « gilets jaunes : entre colère légitime, débordements racistes et perte de repère de classe ». Ce texte ne semble pas faire l’unanimité, le mois suivant le même journal soutient les Gilets jaunes).

En novembre, des Gilets jaunes ont lancé leur « Appel du rond-point de Commercy ». Ces manifestants de la commune de la Meuse ont aimanté la gauche alternative locale (Le 18 novembre, on trouve sur le site Manif-est info un compte rendu de la réunion des Gilets jaunes de Commercy). L’appel prônait la souveraineté populaire, l’autogouvernement et voyait la formation inexorable d’un mouvement généralisé contre le Système. Il fut suivi peu après par « l’Appel de la Bourse du travail de Saint- Nazaire », de la même veine revendicatrice. D’autres appels écologistes et libertaires pousseront un peu partout en France. Souvent animés par des militants passés par des organisations de gauche mais n’ayant plus d’ancrage partitaire, ces Gilets jaunes très minoritaires réussissent à s’insérer dans les collectifs. Ils remplacent sur les plateaux télés, une partie des Gilets jaunes comme Christophe Chalençon, Benjamin Cauchy ou Christophe Lechevalier. Des groupes émergent dans la banlieue parisienne, notamment dans l’est parisien avec Montreuil, Bagnolet, la Courneuve. Rapidement, de vifs débats ont lieu dans les assemblées générales comme à Marseille, à Toulouse ou à Tours. La gauche finit par l’emporter par habitude des roueries d’AG et des débats publics tandis que le nombre de Gilets jaunes des premières semaines, lui, baisse considérablement. Ces militants sont partisans d’une transformation sociale d’ampleur. À Saint-Nazaire, Tours, Montpellier, ils ouvrent des « maisons du peuple » et vibrent d’un lointain écho, celui de La maison du peuple de l’écrivain Louis Guilloux (1899-1980). Dans ce récit, il décrivait l’épopée des ouvriers de Saint-Brieuc pour construire leur Arcadie ouvrière, lieu d’échanges et de réflexions sur l’avenir du monde.

Entre le mois de décembre 2018 et le mois de mars 2019, la quasi-totalité des revendications publiques ont évolué de la droite vers la gauche. Les slogans des manifestations marquent ce changement de colère sociale, passant de « À bas les taxes » à « Révolution » et « Pour le bonheur des travailleurs nous sommes là » et de « la police avec nous » à « tout le monde déteste la police ». Un succès de bataille culturelle ? Il y a eu une mutation du mouvement mais aussi un déclin très net de ses effectifs. La gauche s’est retrouvée comme la voiture-balai d’un mouvement social plus complexe et fragmentée, et beaucoup moins romantique que ses analyses performatives.

atlantico.fr

31 Commentaires
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Brubru

C’est justement parce qu il y a des drapeaux rouges syndicaux opportunistes que les vrais GJ désertent les cortèges soit disant GJ.
C est mon cas. Avant le départ du défilé, il faut les écarter.. . Ça marche

Stéphane Roncaglia

A la base les gilet jaune sont apolitique, ne croyant en aucun parti politique, car les politiciens les ont profondément déçut. Pour moi ils sont majoritaire à rester sans parti.

Ignace

Il y a une chose a savoir, l’idéologie gauchiste a toujours été la pour pourrir les mouvements sociaux de l’intérieur. Ce sont de faux opposants au système actuel. Cette idéologie est la pour récupérer tout acte de rébellion, cela s’illustre par les groupe Antifas, les groupe féministes, les Black-blocs, Extinction Rébellion. Ces groupes souvent protégés et jamais punis par la… Lire la suite »

Marchand Jacques

Décryptage : Les Gilets jaunes, un mouvement apolitique… qui penche à gauche ?

Non, Les Gilets jaunes qui sont à gauche et à l’extrême gauche depuis plusieurs mois.

Will

On le savait dès le début que tous les bords politiques étaient mélangés….
Certains voudraient faire croire que c’était un mouvement de droite au départ, on appelle ça des opportunistes……
Beaucoup , beaucoup d’absentionnistes qui attendaient ce mouvement depuis bien longtemps….
Mais certains tiennent absolument à ranger les gens dans des petites cases….
ERREUR…..