Derrière le cri des gilets jaunes, la réalité des territoires oubliés de la République

Le mouvement des gilets jaunes est né d’une pression fiscale devenue trop forte pour des services publics de moins en moins présents et efficaces. Celles et ceux qui ont pris le parti de revêtir un gilet jaune chaque samedi aspirent à vivre dignement de leur travail et à ne pas être considérés comme des citoyens de seconde zone. Des revendications qui passent notamment par des transports de qualité, fiables, sûrs et entretenus permettant à tous les territoires et leurs habitants de prendre part à une modernité loin d’une « mondialisation heureuse » trop souvent fantasmée.

L’augmentation de la « taxe carbone » est l’étincelle qui met le feu aux poudres, en octobre 2018. Cette hausse du prix des carburants automobiles déclenche la colère des Français habitant en zone rurale ou périurbaine, qui restent dépendants de la voiture pour leur vie sociale et professionnelle… Et voient sans cesse leurs dépenses augmenter sans aucune compensation en retour. C’est ainsi que naît le mouvement des gilets jaunes, qui manifeste son exaspération en occupant les ronds-points et en manifestant massivement un peu partout en France.

Le sentiment d’abandon de la France périphérique

Mais le problème est plus profond. C’est la révolte de « la France périphérique », théorisée en 2014 par Chistophe Guilluy. « Désormais deux France s’ignorent et se font face : la France des métropoles, brillante vitrine de la mondialisation heureuse, où cohabitent cadres et immigrés, et la France périphérique des petites et moyennes villes, des zones rurales éloignées des bassins d’emplois les plus dynamiques, écrit le géographe. De cette dernière qui concentre 60 % de la population française, personne ne parle jamais. Laissée pour compte, volontiers méprisée, cette France-là est désormais associée à la précarité sociale et au vote Front national ». 

D’autres évoquent également depuis longtemps une « fracture territoriale » : le monde rural et les petites villes se sentent oubliés, abandonnés, au profit des métropoles. « Dans une économie de la connaissance, les grandes villes disposent d’un avantage considérable, car c’est là que se concentrent les universités, les laboratoires de recherche, les centres d’ingénierie, les sièges sociaux et les industries culturelles », explique l’économiste Pierre Veltz. Quelque 30 % du PIB français provient ainsi du Grand Paris et 60 % d’une douzaine d’agglomérations.

Alors que les prélèvements obligatoires augmentent, les habitants de ces territoires délaissés voient progressivement s’éloigner de leur lieu de vie les services publics de premier niveau : l’éducation, l’emploi, la formation, les transports, les services sociaux, l’offre de soins de premier niveau (médecine généraliste et soins infirmiers), etc. Des services publics que l’on peut considérer comme le minimum exigible pour tout habitant.

Cette fracture territoriale revêt de multiples aspects, comme le souligne notamment un rapport de l’Assemblée nationale : fracture numérique, fracture liée à la couverture en matière de téléphonie mobile, fracture sanitaire, fracture du logement, mais également fractures liées aux transports, aux services publics et sociaux, à l’accès à l’éducation, aux loisirs ou à la culture.

La question essentielle des transports et des routes

Les difficultés rencontrées par ces populations en matière de transports, de déplacements et de mobilité, sur ces territoires éloignés des grandes infrastructures – « ces espaces loin des routes » selon l’expression de l’écrivain Sylvain Tesson – nourrissent tout particulièrement le sentiment de relégation, d’abandon, voire de mépris. C’est pour cette raison que le Sénat a adopté en février 2018 une proposition de loi visant à « désenclaver les territoires » et à « agir directement sur les causes de l’enclavement, en améliorant la qualité et l’accessibilité des moyens de transport ».

Récemment, devant le Sénat, le Premier ministre, Jean Castex, affirmait sa « volonté de renforcer l’équilibre des territoires ». Par le développement économique, grâce déploiement des infrastructures numériques, par la conservation des lignes ferroviaires… Mais aussi en investissant dans l’amélioration du réseau routier. « C’est aussi, je le dis devant le Sénat, peut-être réinvestir dans les routes. Parce qu’à certains endroits, ce sont les seules voies pour désenclaver les territoires », a ainsi souligné le Premier ministre.

Les pouvoirs publics semblent donc conscients du problème. En septembre 2018, Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, chargée des transports, annonçait un investissement d’un milliard d’euros sur dix ans « pour aménager les routes nationales des territoires qui sont aujourd’hui mal desservis et qui attendent souvent depuis des années, les améliorations de leurs routes qu’on leur a promis ».

La ministre citait même des exemples, parmi beaucoup d’autres : « Quand je vais en Bretagne, on me dit : le général de Gaulle avait promis la mise à deux fois deux voies de la RN 164. Et c’est vrai, et ça n’est toujours pas fait, et donc on va accélérer sur cette route. On peut aussi parler d’Aurillac, de la RN 122, de la liaison Toulouse – Castres, où il y a beaucoup de gens qui habitent à Castres, qui veulent aller travailler à Toulouse, et des entreprises à Castres qui ont besoin d’être bien reliées aux grandes villes, aux grands axes. Et donc ça sera une priorité ».

Il faut maintenant que les actes suivent et c’est Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué aux Transports qui hérite de ce dossier. La satisfaction des besoins de premier niveau de la France périphérique passe notamment par un réseau routier et autoroutier de qualité, fiable, sûr et entretenu. Investir dans ces infrastructures essentielles pour la France des territoires est un levier essentiel de la politique publique et sans doute l’un des plus rentables pour la cohésion sociale. L’État a toutes les cartes en main et ne peut plus laisser son réseau routier se délabrer surtout que dans le même temps, le modèle autoroutier donne les clés d’une gestion plus responsable qui profite à tous les usagers.

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Gery Lemaire
Membre

Bravo à tous ces gilets jaune, manifestant un peu de partout dans chaque villes de France, encore pour ce dernier samedi de l’année 2020. MERCI. ON LACHE RIEN !!!

Les points de vue exprimés sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à GJM.