Faut-il récupérer les ronds-points pour se faire entendre et comprendre ?

Convention citoyenne sur le climat : doit-on réoccuper les ronds-points pour se faire comprendre ?

L’écologie et le développement durable oui, mais pas au prix que certains adeptes de la décroissance voudraient faire payer toujours aux mêmes : la France de province, de banlieue, hors des grandes agglomérations. La Convention citoyenne pour le climat est l’illustration de cette déconnexion entre certains extrémistes et le reste de la France, notamment à travers l’exemple emblématique de la chasse aux prospectus : peut-être n’intéressent-ils pas les membres de certains Think Tanks à la mode, mais ils sont indispensables ailleurs, et leur suppression ne ferait pas avancer la cause écologique.

Du sapin de Noël à Bordeaux au Tour de France à Lyon, les idéologues de la pollution ont désormais largement franchi les frontières du microcosme parisien bon teint. Mais le fait n’est pas nouveau : la limitation à 80 km/h et l’augmentation de la taxe carbone ont mis les « Gilets jaunes » dans la rue durant de longs mois. La leçon n’a apparemment pas suffi. Avec la Convention citoyenne pour le climat, l’écologie version punitive a frappé à nouveau. Dans le catalogue d’interdictions et de restrictions rédigé par la Convention, outre l’inévitable chapitre consacré aux véhicules polluants, une mesure en particulier illustre assez bien, une nouvelle fois, la déconnexion entre les pensées abstraites conçues en chambre et les réalités concrètes de la France d’en bas : c’est la quasi-interdiction de la distribution des prospectus dans les boîtes aux lettres.

Au nom de la réduction des déchets et de la préservation des ressources naturelles, des citoyens, peut-être manipulés ou pour le moins « accompagnés » pour l’occasion par de vieilles associations publiphobes nées dans les années 1980, se sont mis en effet en tête d’éliminer les imprimés publicitaires papier. Premiers à se réjouir de la nouvelle : les GAFA qui poussent au maximum la publicité numérique, leur gagne-pain. Le signal aurait déjà dû alerter. En France, et en particulier en banlieue et province, on fait plutôt sombre mine.

Paris versus le reste

A Paris, c’est sûr, on ne se sent pas très concerné par ce projet d’interdiction : peu nombreux sont ceux qui font leurs courses en voiture (beaucoup n’en ont pas) et les Parisiens n’arbitrent pas le choix de leur magasin en fonction des prix affichés, compte tenu d’un niveau de vie qui leur permet de pas faire attention aux promos éventuelles. De toute façon, les prospectus franchissent rarement les entrées d’immeuble protégées par digicode. Mais en province, dans les zones rurales et périphériques, les pratiques sont très différentes : la majorité des Français a un budget au cordeau et utilise les prospectus pour comparer les offres des différents supermarchés ou des petits commerces locaux, afin de dénicher les achats malins et les bonnes affaires qui lui permettront d’optimiser son maigre budget de consommation.

Pour de nombreuses personnes, n’en déplaise à ceux qui l’ignorent ou feignent de l’ignorer, le prospectus est un outil utile au service du pouvoir d’achat. Intégrant souvent des bons de réduction, ils sont pour beaucoup de Français une arme du quotidien contre « la vie chère ». Si le danger posé par les prospectus était gravissime, les Français seraient probablement prêts à faire l’effort, les préoccupations écologiques étant partagées par le plus grand nombre. Mais les arguments utilisés ici sont très discutables, voire erronés, si on compare la filière du papier avec l’industrie du numérique. On demande donc toujours aux mêmes de payer pour la lutte contre la fin du monde, au détriment de leurs fins de mois.

Le mouvement des « Gilets jaunes » a témoigné d’un mécontentement massif des Français sur le pouvoir d’achat, dont le révélateur a été le prix du carburant, mais aussi l’accumulation d’impôts, de taxes et de cotisations. Les habitants des territoires situés en dehors des grandes métropoles ont l’impression d’être délaissés par les pouvoirs publics. Un sentiment d’abandon à la fois géographique, social (emploi, transports, accès aux soins, etc.) mais aussi politique (disparition des services publics…). Beaucoup de manifestants, représentant les classes moyennes et populaires, ont exprimé également le sentiment de mépris dont ils estiment faire l’objet de la part des élites urbaines. C’était la révolte de la France qui travaille, paie des impôts, gagne trop pour être aidée et pas assez pour bien vivre. Ce n’est pas une France rétive aux idées écologiques, bien conscientes qu’elle est des enjeux pour les générations futures de nos actions d’aujourd’hui. Mais c’est une France qui demande un peu d’attention et de compréhension sur la réalité de la vie « en bas ». La suppression dogmatique d’un outil précieux de la vie quotidienne ne contribue pas à la rassurer.

Toujours plus de contraintes venues d’en haut

Parmi les victimes collatérales de cette suppression des prospectus, outre l’ensemble de la filière papier (graphistes, imprimeurs, etc.) et ses dizaines de milliers d’emplois, il y aurait aussi les personnes âgées isolées, pour lesquelles les imprimés publicitaires constituent souvent un lien social non négligeable avec la vie de leur territoire. Il y aurait également les milliers de personnes qui distribuent les prospectus dans les boîtes aux lettres. Un métier ne demandant aucune qualification et souvent exercé à temps partiel, pour une rémunération modeste. Modeste mais indispensable pour certains retraités qui ne peuvent vivre avec leur seule pension. Indispensable aussi pour des étudiants obligés de financer leurs études et qui trouvent des avantages aux horaires souples du job. Indispensable également pour des mères isolées qui ont absolument besoin de ce revenu pour vivre. Indispensable enfin pour certaines personnes éloignées de l’emploi en phase de réinsertion professionnelle et sociale.

Et on mettrait tous ces gens encore plus en difficulté pour économiser du papier, une ressource renouvelable, largement recyclée et issue de forêts gérées de manière durable ? La nature a horreur du vide, et supprimer les prospectus ne fera pas disparaître la publicité comme par enchantement. Sans autre choix pour obtenir de l’information produits, les consommateurs vont se tourner vers des outils numériques chers et énergivores, gourmands en métaux et en terres rares. La convention citoyenne sur le climat n’est pas à un paradoxe près, d’autant que d’autres vrais sujets de consommation énergétique ou de justice sociale (tourisme de masse, gestion des forêts, climatisation, chauffage des piscines privées…) ont été allègrement passés sous silence.

« Ecotaxe », « taxe carbone », limitation à 80 km/h, chasse aux véhicules diesel, augmentation du prix des cigarettes… Et maintenant interdiction des prospectus ? La France d’en bas a vraiment de quoi se sentir visée depuis quelques années, alors qu’elle vit de plus en plus mal et se sent de plus en plus délaissée par les grandes métropoles. Qui plus est, ici, pour une simple « mesurette » qui non seulement ne risque pas de résoudre le défi de la transition énergétique, mais pourrait en plus aggraver la pollution générée par les outils numériques. Un bel exemple d’écologie à contre-emploi, qui ne peut que nourrir le sentiment d’injustice et de déconnexion des élites parisiennes. Les pouvoirs publics feraient mieux de ne pas oublier que les ronds-points n’attendent qu’une nouvelle étincelle pour s’embraser.

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Ahmed
Invité
Ahmed

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Ahmed
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Troll en jaune
Membre
Troll en jaune

C’est quand l’acte 3 des foulards rouges ??? Histoire qu’on se tape une bonne tranche de rigolade

flox
Membre
flox

Pas de rond point,TOUTES ET TOUS DANS LA RUE!!!!Ce qui est bien avec ce gouvernement de merde,c est qu ils réussissent a mettre tout le monde en colere,pas que les gilets jaunes…alors les mauviettes d anti gj allez vous faire enculer et quand les gens seront dehors vous fermerez votre gueule comme de bon faux-cul…bisous bisous 🤣🤣 et n oubliez… Lire la suite »

Bruno Larrayadieu
Invité
Bruno Larrayadieu

Une transition ecologique non coercitive et tout le temps accompagnée pour les foyers les plus modestes.

Les points de vue exprimés sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à GJM.